Dans cet article :

L'essentiel
- Une entreprise se finance en combinant fonds propres, dette bancaire et aides régionales : une seule source suffit rarement
- Le prêt d'honneur est un prêt personnel à taux zéro (3 000 à 50 000 € chez Initiative France, 15 000 à 50 000 € chez Réseau Entreprendre) qui renforce l'apport avant de solliciter la banque
- Pour 1 euro de prêt d'honneur accordé, les banques accordent en moyenne 9,5 € (Initiative France) à 13 € (Réseau Entreprendre) de financement complémentaire
- Une garantie Bpifrance peut couvrir 50 à 60 % d'un crédit de création et jusqu'à 70 % d'un crédit de reprise avec intervention de la Région
- Le chèque CREA Prêt d'honneur de la Région Grand Est finance l'accompagnement à hauteur de 1050 €, ce n'est pas le montant du prêt lui-même
Une entreprise se finance en général par trois sources combinées : les fonds propres qu'apporte le créateur ou le repreneur (apport personnel, prêt d'honneur), la dette bancaire à long terme qui finance l'investissement, et des garanties ou aides publiques qui réduisent le risque pris par la banque. Aucun de ces trois blocs ne suffit seul : c'est leur articulation qui construit un plan de financement qui tient debout.
Les trois sources qui composent un plan de financement
Quand on demande comment se financent les entreprises, la réponse tient en trois blocs qui s'articulent plutôt qu'en une seule réponse magique. Le premier bloc, ce sont les fonds propres : l'argent que le créateur ou le repreneur met lui-même dans le projet, sous forme d'apport personnel, de compte courant d'associé, ou de capital social. Le deuxième bloc, ce sont les quasi-fonds propres, en particulier le prêt d'honneur, un prêt personnel à taux zéro qui vient renforcer l'apport sans en être vraiment un, puisqu'il doit être remboursé. Le troisième bloc, c'est la dette bancaire à long terme, l'emprunt classique souscrit auprès d'une banque pour financer le matériel, le fonds de commerce, les stocks ou les travaux.
À ces trois blocs s'ajoutent les garanties, qui ne sont pas un financement en elles-mêmes mais qui conditionnent souvent l'accès au crédit bancaire, et les aides régionales, qui en Grand Est prennent la forme de chèques CREA ou de prêts dédiés à la transmission. Un créateur ou un repreneur alsacien qui prépare son dossier a donc intérêt à raisonner en empilement : d'abord ce qu'il apporte lui-même, ensuite ce que les réseaux d'accompagnement peuvent ajouter sous forme de prêt personnel, enfin ce que la banque accepte de prêter une fois que ces deux premiers étages sont posés et sécurisés par une garantie.
Cette logique d'empilement est précisément ce qu'une banquière regarde en premier sur un dossier : non pas le montant total demandé, mais la répartition entre ce que le porteur de projet risque lui-même et ce qu'il demande à un tiers de risquer pour lui.
Les fonds propres : apport personnel et prêt d'honneur
L'apport personnel reste le socle. Il peut venir d'une épargne, d'un héritage, d'un apport en compte courant d'associé, ou de l'aide financière de l'entourage (famille, amis). Mais beaucoup de créateurs n'ont pas, seuls, un apport suffisant pour boucler leur dossier de prêt bancaire. C'est précisément le rôle du prêt d'honneur : un prêt sans intérêts ni garanties à titre personnel, que l'on s'engage à rembourser « sur l'honneur », selon la définition donnée par Bpifrance Création. Ce prêt est accordé à la personne et non à l'entreprise créée, ce qui le distingue d'une avance remboursable classique.
Deux réseaux nationaux examinent ces demandes après passage devant un comité d'agrément, qui réunit des chefs d'entreprise, des banquiers et d'autres experts du financement : Initiative France et Réseau Entreprendre. Chez Initiative France, les prêts varient en règle générale de 3 000 à 50 000 euros, pour un montant moyen de 10 000 euros. Chez Réseau Entreprendre, ils varient en règle générale de 15 000 à 50 000 euros, voire de 30 000 à 90 000 euros pour les projets de développement structurant, pour un montant moyen de 29 000 euros. Ces prêts sont à taux zéro et sans garantie ni caution personnelle, et peuvent faire l'objet d'un différé de remboursement.
Un troisième dispositif complète ces réseaux depuis 2021 : le prêt d'honneur Création-Reprise de Bpifrance, d'un montant allant de 1 000 à 80 000 euros, sur une durée de 1 à 7 ans, avec un différé modulable allant jusqu'à 24 mois. Ce prêt n'est pas octroyé seul : il vient en cofinancement d'un prêt d'honneur accordé par Initiative France ou Réseau Entreprendre, dans une proportion limitée (un tiers maximum du total des financements, la moitié pour une reprise ou une transmission). Il ne cible pas tous les secteurs : les associations, fondations et SCI en sont exclues, de même que l'export, l'agriculture, la pêche et l'aquaculture, la promotion et la location immobilières, ou encore l'intermédiation financière.
Ce qui rend le prêt d'honneur intéressant pour un créateur, au-delà de son coût nul, c'est son effet d'entraînement sur la banque. Pour 1 euro de prêt d'honneur accordé, les banques accordent en moyenne 9,5 euros de financement complémentaire selon les chiffres d'Initiative France, et 13 euros selon ceux de Réseau Entreprendre. Ce ratio est une moyenne déclarée par les réseaux, pas une promesse valable pour chaque dossier, mais il explique pourquoi un prêt d'honneur de quelques milliers d'euros peut suffire à débloquer un crédit bancaire bien plus important. Pour en savoir plus sur les critères d'examen, voir notre page sur comment obtenir un prêt d'honneur.
Les prêts de ces différents réseaux sont cumulables, mais s'agissant de prêts personnels, la capacité à faire face à leur remboursement doit être dûment considérée : un prêt d'honneur reste une dette, même à taux zéro, qui pèse sur le budget personnel du créateur avant même que l'entreprise ne génère du résultat.
Le prêt bancaire à long terme : la part la plus lourde du financement
Une fois l'apport et les quasi-fonds propres réunis, la dette bancaire finance l'essentiel de l'investissement : achat d'un fonds de commerce, de matériel, de titres de société en cas de reprise, travaux, ou constitution du besoin en fonds de roulement. C'est un financement à long terme, généralement adossé à la durée de vie économique du bien financé. La banque étudie la solvabilité du projet, la cohérence du plan de financement, et la part de risque qu'elle accepte de porter seule.
C'est à ce stade que les garanties entrent en jeu, car une banque n'accorde que rarement un crédit important sans aucune sûreté. Une garantie bancaire sert à couvrir une partie de la perte finale du prêteur en cas de défaillance de l'emprunteur, moyennant une commission ; elle permet surtout de limiter la demande de garanties personnelles, c'est-à-dire la caution que le dirigeant devrait sinon apporter sur son patrimoine propre.
Les garanties qui débloquent le crédit bancaire
Plusieurs organismes proposent des garanties qui réduisent le risque pris par la banque, et donc facilitent l'octroi du crédit. Pour une création d'entreprise, la Garantie Création de Bpifrance porte la quotité garantie du crédit à 60 % en cas de création ex nihilo ou d'intervention conjointe entre Bpifrance et la Région, et à 50 % pour les autres projets. Pour une transmission ou une reprise, la quotité garantie est de 50 % du concours bancaire, un taux que l'intervention conjointe de la Région peut porter à 70 %. Bpifrance apporte également sa garantie aux opérations de reprise à hauteur de 50 % du montant emprunté (70 % en cas d'intervention conjointe de la Région), pour des opérations aussi variées que l'achat de titres de société, l'achat d'un fonds de commerce, ou la caution bancaire d'un crédit-vendeur.
France Active propose, de son côté, plusieurs programmes de garanties (EMPLOI, IMPACT, ÉGALITÉ Femmes, ÉGALITÉ Accès, ÉGALITÉ Territoires, SOLIDARITÉ Insertion), et des sociétés de caution mutuelle existent par ailleurs pour certains secteurs professionnels. Dans tous les cas, la garantie n'est pas gratuite : elle donne lieu à une commission, payée par l'emprunteur via la banque, dont le taux exact varie selon l'organisme et le projet.
Quand aucune banque classique n'accepte le dossier, le microcrédit professionnel de l'Adie peut prendre le relais pour les montants les plus modestes, de 300 à 15 000 euros, remboursables sur 48 mois maximum, avec un taux à partir de 8,4 % et une contribution de solidarité de 6 % du montant du crédit. Il est possible de faire appel à un proche prêt à se porter garant, à hauteur de 50 % du montant emprunté. Pour le détail de ce dispositif, consultez la page sur le microcrédit professionnel de l'Adie ou la rubrique banque et garanties du site.
| Dispositif | Montant | Durée / différé | Garantie demandée |
|---|---|---|---|
| Prêt d'honneur Initiative France | 3 000 à 50 000 €, moyenne 10 000 € | Différé possible | Aucune |
| Prêt d'honneur Réseau Entreprendre | 15 000 à 50 000 €, moyenne 29 000 € | Différé possible | Aucune |
| Prêt d'honneur Création-Reprise (Bpifrance) | 1 000 à 80 000 € | 1 à 7 ans, différé jusqu'à 24 mois | Aucune sur les actifs ou le dirigeant |
| Microcrédit professionnel Adie | 300 à 15 000 € | Jusqu'à 48 mois | Garant proche à 50 % du montant |
| Garantie Bpifrance Création | Quotité 50 à 60 % du crédit | Selon la durée du crédit garanti | Commission payée via la banque |
| Garantie Bpifrance Transmission | Quotité 50 %, jusqu'à 70 % avec la Région | Selon la durée du crédit garanti | Commission payée via la banque |
| Prêt transmission Grand Est | 40 000 à 650 000 € | 5, 6 ou 7 ans, différé jusqu'à 24 mois | Retenue de garantie de 5 % du prêt |
Les aides de la Région Grand Est dans le plan de financement
En Grand Est, les porteurs de projet peuvent aussi mobiliser des dispositifs régionaux, qui ne remplacent pas le prêt d'honneur ou le crédit bancaire mais les complètent. Les chèques CREA sont des coupons de règlement remis par la Région aux créateurs, à utiliser auprès d'opérateurs labellisés. Il en existe cinq : Préparation du projet, Test d'activité, Prêt d'honneur, Garantie, Microcrédit. Un créateur ne peut prétendre qu'à un seul chèque par typologie d'accompagnement par an, mais peut mobiliser plusieurs chèques différents au fil de son parcours.
Le chèque CREA « Prêt d'honneur » mérite une attention particulière, car son nom prête à confusion. Son montant, de 1050 euros, ne correspond pas au prêt d'honneur lui-même, mais à la participation financière de la Région aux conseils et à l'expertise dispensés par l'opérateur qui accompagne le dossier jusqu'au comité de décision. Le vrai prêt d'honneur qui peut en résulter est, lui, sans intérêt ni garantie personnelle. Ce chèque s'adresse en priorité à un demandeur d'emploi inscrit à France Travail, à un jeune de moins de 30 ans titulaire du statut national d'étudiant entrepreneur, à un salarié engagé dans une démarche de reconversion professionnelle, ou à toute entreprise immatriculée depuis moins de 12 mois créée par l'un de ces profils. Tout repreneur, quel que soit son profil, peut également y prétendre. La décision d'octroi intervient en moyenne 30 jours après que le dossier est complet, et le remboursement du prêt éventuellement obtenu est suivi sur 5 ans. Des précisions complètes figurent sur la page chèque CREA Grand Est.
Pour une reprise ou une transmission d'entreprise implantée en Grand Est depuis plus de 3 ans, le prêt transmission régional, construit en convention avec Bpifrance, peut aller de 40 000 à 650 000 euros, sans dépasser 40 % du montant de la dette globale liée à l'opération. Il se rembourse sur 5, 6 ou 7 ans, avec un différé d'amortissement en capital jusqu'à 24 mois maximum, et ne demande aucune garantie sur les actifs de l'entreprise ni sur le patrimoine du dirigeant, à l'exception d'une retenue de garantie de 5 % du montant du prêt. Il doit toujours être accompagné d'un prêt bancaire d'une durée minimum de 5 ans. Ce dispositif exclut certaines activités, notamment le commerce de proximité, la restauration et les franchises hors zones de pacte ruralité, ainsi que les transmissions familiales. Détails sur la page prêt transmission Grand Est.
Construire son plan de financement, étape par étape
Le pas-à-pas suivant correspond à l'ordre dans lequel une banque ou un comité d'agrément examine généralement un dossier.
1. Chiffrer précisément le besoin total : fonds de commerce ou titres à acquérir, matériel, travaux, stocks, besoin en fonds de roulement.
2. Déterminer l'apport personnel disponible, qu'il vienne d'une épargne, d'un compte courant d'associé ou de l'aide financière de l'entourage.
3. Solliciter l'association locale du réseau Initiative France ou de Réseau Entreprendre le plus proche de l'implantation du projet, et préparer le dossier qui sera présenté devant le comité d'agrément.
4. Vérifier, selon le profil, l'éligibilité à un chèque CREA ou à un cofinancement par le prêt d'honneur Création-Reprise de Bpifrance.
5. Présenter le plan de financement complet à la banque, en expliquant la part apportée, la part en prêt d'honneur et l'effet de levier qu'elle représente.
6. Discuter avec la banque la garantie mobilisable (Bpifrance, France Active, société de caution mutuelle) pour limiter la caution personnelle demandée.
L'œil de la banquière Un dossier qui demande la quasi-totalité du besoin en crédit bancaire, sans aucun apport ni prêt d'honneur, part avec un handicap, même si le projet est bon sur le papier. Ce que je regardais en priorité, dans mes années de conseillère clientèle professionnels, n'était pas tant le montant demandé que la part prise en charge par le porteur de projet lui-même. Un créateur qui a obtenu un prêt d'honneur a déjà été filtré par un comité d'agrément composé de chefs d'entreprise et de professionnels du financement : c'est un signal de crédibilité qui pèse autant que les chiffres du prévisionnel. L'erreur la plus fréquente consiste à solliciter la banque avant d'avoir cherché ce premier étage de financement personnel, alors que l'ordre inverse facilite presque toujours la discussion.
Un exemple pour comprendre l'effet de levier
Prenons un créateur qui obtient, auprès d'une association locale d'Initiative France, un prêt d'honneur d'un montant moyen de 10 000 euros, apporté ensuite en compte courant d'associé dans son entreprise. Avec un effet de levier moyen déclaré par Initiative France de 9,5 euros de financement bancaire complémentaire pour 1 euro de prêt d'honneur, ce même créateur peut espérer, en moyenne, mobiliser un financement bancaire complémentaire nettement supérieur à son apport, à condition que le reste de son dossier (viabilité du projet, garanties disponibles) tienne la route. Un porteur de projet accompagné par Réseau Entreprendre, avec un prêt d'honneur moyen de 29 000 euros et un effet de levier moyen de 13 euros par euro prêté, peut viser un ordre de grandeur de financement bancaire complémentaire nettement supérieur. Ces chiffres restent des moyennes déclarées par les réseaux eux-mêmes, pas des garanties individuelles : chaque comité d'agrément et chaque banque statue au cas par cas.
Côté microcrédit, l'Adie communique un exemple officiel qui donne une idée du coût réel d'un petit emprunt : pour 2 000 euros prêtés sur 18 mois, à un taux de 8,4 % et avec une contribution de solidarité de 6 %, la mensualité ressort à 126,22 euros, pour un coût total de crédit de 271,94 euros et un TAEG de 16,54 %. C'est un ordre de grandeur utile pour un artisan du vignoble alsacien ou un commerçant de village qui a besoin d'un petit montant pour démarrer, et qui n'a pas accès au crédit bancaire classique.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un prêt d'honneur et un prêt bancaire ?
Le prêt d'honneur est octroyé à la personne, sans intérêt ni garantie, et sert à renforcer l'apport apporté ensuite à l'entreprise. Le prêt bancaire est un crédit professionnel accordé à l'entreprise, qui porte intérêt et demande généralement une garantie.
Faut-il un apport personnel pour obtenir un financement ?
Un apport, même modeste, facilite l'accès au crédit bancaire et au prêt d'honneur, car il montre que le porteur de projet prend lui aussi un risque sur son propre argent. Le prêt d'honneur peut compléter un apport insuffisant, mais il reste une dette personnelle à rembourser.
Le chèque CREA finance-t-il directement le prêt d'honneur ?
Non. Le chèque CREA « Prêt d'honneur », d'un montant de 1050 euros, finance la participation de la Région aux conseils de l'opérateur qui instruit le dossier. Le prêt d'honneur qui peut en résulter est un financement distinct, sans intérêt ni garantie personnelle.
Quelle garantie une banque demande-t-elle pour un crédit de création ou de reprise ?
Elle peut s'appuyer sur une garantie Bpifrance (quotité de 50 à 60 % pour une création, 50 à 70 % pour une reprise), sur France Active, ou sur une société de caution mutuelle, ce qui réduit la part de caution personnelle demandée au dirigeant.
Peut-on cumuler plusieurs prêts d'honneur ?
Oui, les prêts des différents réseaux sont cumulables. Il s'agit cependant de prêts personnels : la capacité du porteur de projet à les rembourser doit être examinée avec attention avant de les additionner.
Qu'est-ce que l'effet de levier bancaire du prêt d'honneur ?
C'est le financement bancaire complémentaire qu'un prêt d'honneur permet d'obtenir. Selon les chiffres déclarés par les réseaux, il atteint en moyenne 9,5 euros pour 1 euro de prêt d'honneur chez Initiative France, et 13 euros chez Réseau Entreprendre.
Un plan de financement qui se tient n'est jamais le fruit d'un seul coup de chance ou d'un seul guichet : c'est l'empilement patient d'un apport, d'un prêt d'honneur, d'une garantie et d'un crédit bancaire, chacun négocié dans l'ordre qui facilite l'accord du suivant. Pour un créateur ou un repreneur du Bas-Rhin ou du Haut-Rhin, prendre le temps de comprendre cet enchaînement avant de frapper à la porte d'une banque change souvent l'issue du dossier.
Textes et pages officielles consultés
- Bpifrance Création, Le prêt d'honneur
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